Les jeunes étrangers de Suisse ne sont pas des «brutes » !
Le Groupe de Liaison genevois des Associations de Jeunesse (GLAJ-GE), organisation faîtière d’environ 60 associations de jeunesse à Genève, s’allie au Conseil Suisse des Activités de Jeunesse (CSAJ) et fait part de ses préoccupations vis-à-vis de la campagne autour de la votation sur l’initiative sur le renvoi des étrangers criminels et appelle à rejeter cette initiative, soumise au vote le 28 novembre prochain.
En premier lieu, le CSAJ déplore que les débats autour de l’initiative sur le renvoi et de son contre-projet soient l’occasion de stigmatiser une fois de plus les jeunes. Ainsi, en mettant en exergue la prétendue violence et criminalité des étrangers, la campagne en cours contribue à renforcer les préjugés vis-à-vis des jeunes résidant en Suisse. Les jeunes et leur prétendue criminalité sont ainsi une cible privilégiée des initiant-e-s.
En ce qui concerne la violence des jeunes décriés dans la campagne, le CSAJ appelle à nouveau le Conseil fédéral à prendre toutes les mesures préconisées dans son rapport de 2009, en particulier la réalisation d’un programme national sur cette question et la mis en place de mesures de prévention sur les facteurs de risque. Le CSAJ rappelle que les facteurs explicatifs de la criminalité en Suisse sont avant tout le sexe de l’auteur puis son statut socio-économique, et non pas l’origine. Si l’on veut donc lutter efficacement contre la criminalité en Suisse, dont les taux sont stables et les plus faibles d’Europe, il convient de mettre en place des politiques publiques constructives, plutôt qu’en ne privilégiant que des réponses répressives chères, inutiles et souvent inapplicables.
Non à une initiative contraire au droit international et aux intérêts des jeunes
Le CSAJ est particulièrement préoccupé par les deux conséquences négatives qu’entrainerait l’acceptation de l’initiative sur le renvoi :
L’initiative porte atteinte à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et à la Constitution fédérale
Le CSAJ est préoccupé par le fait que cette initiative contrevienne à de nombreuses dispositions du droit international, parmi lesquelles la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE). En effet, le renvoi automatique d’un mineur et de sa famille, tel que le prévoit l’initiative, contrevient notamment au principe fondamental de l’intérêt supérieur de l’enfant (article 3) et au principe de non-discrimination (article 2).
En tant que vice-président du Réseau suisse des droits de l’enfant, le CSAJ regrette que les droits fondamentaux des enfants et des jeunes, que leur confère notamment la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, soient relégués loin derrière des motivations électoralistes.
L’initiative donne un signal très négatif aux jeunes de Suisse
Avec l’acceptation de l’initiative sur le renvoi, les juges ne disposeraient d’aucune marge de manœuvre pour prendre en compte le parcours des jeunes ayant commis des actes criminels. Ainsi, des jeunes, y compris de deuxième et de troisième génération ne possédant pas le passeport helvétique, pourraient être renvoyés dans des pays d’origine de leurs parents qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne maîtrisent pas la langue. Compte tenu du système de naturalisation extrêmement restrictif que connaît la Suisse, la mise en application de cette initiative reviendrait à faire peser une épée de Damoclès extrêmement lourde sur des jeunes qui se sont construits en Suisse.
C’est pourquoi le CSAJ, et le GLAJ-GE, appellent à rejeter l’initiative sur le renvoi le 28 novembre prochain. Ils appellent de plus l’ensemble des acteurs et des actrices politiques et médiatiques à rester vigilant-e-s dans les débats qui précéderont et suivront la votation, pour que les jeunes de Suisse, en particulier de nationalité étrangère, ne fassent pas une fois de plus les frais de discours politiques renforçant les peurs et les discriminations.

